# Les règles essentielles de la comptabilisation d’une retenue de garantie

La retenue de garantie représente un mécanisme financier incontournable dans les relations commerciales entre donneurs d’ordre et prestataires, particulièrement dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Ce dispositif permet au client de conserver temporairement une fraction du montant dû – généralement 5% du total TTC – afin de s’assurer de la bonne exécution des prestations et de se prémunir contre d’éventuelles malfaçons ou non-conformités. Pour les professionnels de la comptabilité comme pour les entrepreneurs, maîtriser les subtilités de cet outil comptable s’avère indispensable pour garantir la conformité des états financiers et optimiser la gestion de trésorerie. Les enjeux sont multiples : respect des obligations légales, présentation fidèle du bilan, gestion du besoin en fonds de roulement et anticipation des flux de trésorerie. Comprendre les mécanismes de comptabilisation selon le Plan Comptable Général constitue donc un prérequis pour toute entreprise confrontée à ces situations contractuelles spécifiques.

Définition et cadre réglementaire de la retenue de garantie selon le PCG

La retenue de garantie s’inscrit dans un cadre juridique et comptable précis qui encadre ses modalités d’application. Ce dispositif repose sur des fondements légaux solides et des normes comptables établies qui permettent d’assurer la sécurité juridique des transactions tout en garantissant une présentation fidèle des comptes.

Article 1799-1 du code civil et obligations contractuelles des maîtres d’ouvrage

L’article 1799-1 du Code civil constitue le socle juridique de la retenue de garantie en France. Ce texte autorise expressément le maître d’ouvrage à conserver une fraction du prix convenu jusqu’à l’expiration d’un délai permettant de vérifier la conformité des travaux. Cette disposition légale protège les intérêts du donneur d’ordre tout en maintenant un équilibre contractuel avec l’entrepreneur. Le montant maximum de cette retenue ne peut excéder 5% du montant total TTC des prestations, un plafond qui s’applique aussi bien aux marchés privés qu’aux marchés publics. Cette limitation vise à éviter des retenues abusives qui pourraient fragiliser la trésorerie des entreprises prestataires. Les maîtres d’ouvrage doivent impérativement prévoir cette clause dans les documents contractuels pour pouvoir l’appliquer légalement.

La loi n°71-584 du 16 juillet 1971 complète ce dispositif en réglementant spécifiquement les retenues de garantie dans les marchés de travaux. Ce texte impose des obligations strictes concernant la conservation des sommes retenues et les modalités de leur restitution. Vous devez noter que cette retenue ne constitue pas une pénalité mais bien une garantie contractuelle destinée à couvrir les éventuelles réserves émises lors de la réception des travaux. Le cadre légal distingue clairement les situations selon la nature du marché : public ou privé, avec des règles spécifiques pour chaque contexte.

Traitement comptable selon le plan comptable général (PCG) articles 411 et 467

Le Plan Comptable Général encadre précisément la comptabilisation des retenues de garantie à travers l’utilisation de comptes dédiés. Pour l’entrepreneur ou le fournisseur, le compte 4117 "Clients - Retenues de garantie" doit être utilisé pour isoler cette créance spécifique du reste des créances clients classiques enregistrées au compte 411. Cette subdivision permet une meilleure lisibilité des états financiers et

de suivre précisément les échéances de libération. Du côté du maître d’ouvrage, c’est le compte 4017 "Fournisseurs - Retenues de garantie" qui permet d’identifier la part du prix des travaux qui reste bloquée pendant la période de garantie. Le PCG prévoit par ailleurs le recours au compte 467 "Autres comptes débiteurs ou créditeurs" ou au compte 275 "Dépôts et cautionnements versés" pour certains cas spécifiques, notamment en présence de contrats d’affacturage ou de cautionnements bancaires. L’objectif reste toujours le même : isoler la retenue de garantie des dettes et créances « courantes » afin de refléter correctement la réalité économique de l’opération.

En pratique, le choix du compte dépend de la nature de la relation contractuelle et de l’horizon temporel de la retenue. Lorsque la durée de conservation dépasse douze mois, il peut être pertinent de la reclasser en immobilisation financière au compte 275, surtout en présence d’une consignation auprès d’un tiers (Caisse des Dépôts, notaire, banque). À l’inverse, pour les retenues de garantie classiques d’une durée d’un an, leur maintien dans les comptes de tiers (4117 ou 4017) s’avère généralement suffisant. Vous veillerez, dans tous les cas, à assurer la concordance entre le suivi comptable et les pièces contractuelles (marché, avenants, procès-verbaux de réception).

Distinction entre retenue de garantie et caution bancaire de garantie

La retenue de garantie et la caution bancaire poursuivent le même objectif économique – sécuriser la bonne exécution des travaux – mais leur traitement comptable diffère sensiblement. Dans le cas de la retenue de garantie « classique », le maître d’ouvrage paye 95 % du prix et conserve 5 % jusqu’à la fin de la période de parfait achèvement. Cette somme reste donc inscrite au bilan sous forme de créance chez le prestataire (compte 4117) et de dette chez le client (compte 4017). Sur le plan financier, elle pèse directement sur la trésorerie de l’entreprise de travaux, en augmentant son besoin en fonds de roulement.

La caution bancaire de garantie, parfois appelée « caution de retenue de garantie », fonctionne comme une alternative. Ici, le prestataire perçoit 100 % du prix des travaux, mais une banque ou un assureur se porte garant auprès du maître d’ouvrage pour un montant équivalent aux 5 %. Comptablement, aucune retenue n’apparaît alors dans les comptes 4117/4017 : l’entreprise comptabilise en revanche une commission de caution en charges externes (compte 627 le plus souvent) et, le cas échéant, un engagement hors bilan. Pour le maître d’ouvrage, la garantie est assurée non plus par une dette bloquée mais par le recours possible à l’établissement de crédit en cas de défaillance de l’entrepreneur.

Pour résumer, la retenue de garantie impacte directement le poste clients et la trésorerie, tandis que la caution bancaire impacte plutôt le coût financier du chantier. Vous devez donc arbitrer en fonction de votre capacité de financement : préférez-vous immobiliser 5 % de vos créances pendant un an, ou accepter des frais bancaires pour sécuriser votre trésorerie ? Dans certains grands projets, le recours systématique à la caution bancaire s’avère plus stratégique, car il évite d’accumuler des retenues de garantie importantes sur plusieurs chantiers simultanément.

Durée légale de conservation et délai de prescription décennale

Sur le plan juridique, la durée de conservation de la retenue de garantie est, en principe, d’un an à compter de la date de réception des travaux. Cette durée correspond à la garantie de parfait achèvement prévue à l’article 1792-6 du Code civil. Passé ce délai d’un an, et en l’absence de réserves non levées, le maître d’ouvrage doit libérer la retenue de garantie dans un délai généralement de 30 jours à compter de la demande de l’entrepreneur. Tout refus injustifié peut être qualifié d’opposition abusive et ouvrir droit à des dommages et intérêts pour l’entreprise.

Il ne faut cependant pas confondre cette période d’un an avec le délai de prescription de la garantie décennale, qui court sur dix ans à compter de la réception. La retenue de garantie n’a pas vocation à couvrir l’ensemble des risques décennaux : elle cible principalement les défauts apparents, les réserves émises au procès-verbal de réception et les désordres révélés pendant l’année de parfait achèvement. Les garanties biennale et décennale sont, quant à elles, assurées par des contrats d’assurance obligatoires distincts. Comptablement, cela signifie que la retenue de garantie ne peut pas être maintenue au bilan pendant dix ans pour couvrir d’éventuels désordres futurs : elle doit être libérée à l’issue de la période légale, quitte à ce que le maître d’ouvrage se retourne ensuite contre l’assureur de l’entreprise en cas de sinistre décennal.

Comptabilisation chez le fournisseur prestataire de services ou entrepreneur

Du point de vue de l’entrepreneur ou du prestataire de services, la retenue de garantie doit être intégrée dès l’émission de la facture. L’enjeu est double : constater correctement le chiffre d’affaires à la date d’achèvement des travaux, tout en isolant la partie de la créance qui ne sera encaissée qu’à l’issue de la période de garantie. Une mauvaise comptabilisation peut fausser le résultat, le bilan et la lecture de la situation financière par les partenaires (banques, investisseurs, assureurs-crédit).

Enregistrement de la facture initiale au compte 411 clients

Lorsqu’une entreprise de BTP ou un prestataire de services émet une facture soumise à retenue de garantie, il doit comptabiliser le montant total TTC de la créance à l’actif du bilan. Concrètement, la facture est ventilée entre la partie immédiatement exigible (compte 411 "Clients") et la partie bloquée (compte 4117 "Clients – Retenues de garantie"). Cette ventilation permet de distinguer ce qui sera encaissé à court terme de ce qui ne le sera qu’au bout de 12 mois. La totalité du chiffre d’affaires reste toutefois constatée en compte de produits (classe 7) à la date d’achèvement des travaux, conformément au principe de rattachement des charges et des produits.

Imaginons, par exemple, une facture de travaux de 10 000 € HT soumise à une retenue de 5 %. La TVA collectée s’élève à 2 000 € (si taux 20 %). La créance totale TTC est donc de 12 000 €, dont 600 € de retenue de garantie TTC. L’écriture type sera la suivante : au débit, 11 400 € en 411 Clients et 600 € en 4117 Clients – Retenues de garantie ; au crédit, 10 000 € en compte 70 (travaux, prestations) et 2 000 € en 44571 TVA collectée. Vous avez ainsi une vision claire de ce que vous pouvez espérer encaisser rapidement et de ce qui restera immobilisé pendant la durée de la garantie.

Écriture comptable au compte 4117 clients – retenues de garantie

Le compte 4117 joue un rôle central dans la comptabilisation de la retenue de garantie chez le prestataire. Il s’agit d’une subdivision analytique du compte clients, réservée aux montants dont le recouvrement est différé par effet du contrat. On peut le comparer à une « étagère séparée » dans le poste clients : la créance existe, est certaine dans son principe et dans son montant, mais n’est pas exigible immédiatement. Cette distinction est particulièrement utile pour la gestion de trésorerie et pour le dialogue avec les partenaires financiers, qui peuvent ainsi évaluer l’encours immobilisé au titre des retenues de garantie.

Lorsque le maître d’ouvrage procède au règlement du solde des travaux à l’issue de la période de garantie, l’écriture est simple : vous débitez le compte 512 Banque pour le montant TTC de la retenue libérée et vous créditez le compte 4117 Clients – Retenues de garantie. Le solde du compte 4117 doit alors revenir à zéro pour ce client et ce chantier. En cas de litige ou de retenue prolongée au-delà du délai d’un an, il sera parfois nécessaire de reclasser tout ou partie du solde en compte 416 "Clients douteux ou litigieux" et de passer une provision pour dépréciation (compte 491), afin de traduire le risque de non-recouvrement.

Traitement de la TVA collectée sur le montant total de la facture

Un point souvent source de confusion concerne la TVA collectée sur les factures avec retenue de garantie. Du point de vue fiscal, la TVA est exigible sur le montant total de la facture, y compris la retenue de 5 %, dès la réalisation de la prestation ou la livraison des travaux (sauf cas particuliers de TVA sur encaissements pour certaines prestations de services). Autrement dit, vous devez reverser au Trésor la TVA calculée sur 100 % du prix, même si vous ne percevez que 95 % en trésorerie dans l’immédiat. La retenue de garantie n’a donc aucun impact sur le montant de TVA collectée à déclarer sur votre formulaire CA3.

Concrètement, dans notre exemple à 10 000 € HT, vous collectez 2 000 € de TVA et déclarez l’intégralité de ce montant à l’administration fiscale. Le fait que 600 € TTC soient bloqués en compte 4117 ne modifie pas la base taxable : la retenue de garantie ne constitue ni une remise, ni un avoir, mais bien une modalité de paiement différé. Vous devez donc intégrer ce paramètre dans votre gestion de trésorerie : votre TVA sera payée avant que vous n’ayez encaissé la totalité de votre chiffre d’affaires. C’est une raison supplémentaire d’anticiper l’ampleur des retenues de garantie dans vos prévisions de trésorerie.

Gestion du poste clients dans le bilan comptable et états financiers

Sur le plan des états financiers, la retenue de garantie a un impact direct sur la présentation du poste clients et sur les indicateurs de liquidité. En maintenant une subdivision distincte pour le compte 4117, vous mettez en évidence les créances à encaissement différé et pouvez les retraiter facilement dans vos tableaux de suivi. Certains dirigeants choisissent, par exemple, de présenter dans leur reporting interne un indicateur de « créances disponibles à court terme », excluant les retenues de garantie, afin de piloter plus finement leur besoin en fonds de roulement.

Il peut également être pertinent, lors de la clôture de l’exercice, de distinguer dans l’annexe comptable le montant global des retenues de garantie en cours, notamment lorsque l’entreprise intervient sur de nombreux chantiers. Vous améliorez ainsi la transparence vis-à-vis des tiers et facilitez l’analyse de votre capacité d’autofinancement. Enfin, en cas de croissance rapide du carnet de commandes, le volume de retenues de garantie peut exploser : un suivi chantier par chantier (tableau de bord ou logiciel métier) s’impose pour éviter de perdre de vue les échéances de mainlevée et de « laisser dormir » de la trésorerie inutilement.

Comptabilisation chez le client donneur d’ordre ou maître d’ouvrage

Du côté du maître d’ouvrage, la logique de comptabilisation se présente en miroir de celle du prestataire. La retenue de garantie n’est pas une économie définitive, mais une dette différée qui reste due à l’entrepreneur à l’issue de la période de garantie, sauf malfaçon constatée et régulièrement justifiée. La bonne pratique consiste donc à distinguer la dette « payable immédiatement » de la dette « bloquée » dans un compte spécifique, afin d’éviter de sous-estimer les engagements financiers de l’entreprise.

Inscription au compte 401 fournisseurs et subdivision 4017

Lors de la réception d’une facture assortie d’une retenue de garantie, le maître d’ouvrage enregistre l’intégralité de la charge (travaux, prestations) et de la TVA déductible, puis ventile la dette envers le fournisseur entre deux comptes : le compte 401 "Fournisseurs" pour la partie payable sans délai et le compte 4017 "Fournisseurs – Retenues de garantie" pour la partie conservée. Cette écriture traduit le fait que l’entreprise reconnaît la totalité de son obligation, même si une fraction du prix ne sera débitée de sa trésorerie qu’après la levée de la garantie.

Reprenons l’exemple d’une facture de 10 000 € HT, TVA 2 000 €, avec une retenue de 5 % soit 600 € TTC. Du côté du maître d’ouvrage, l’écriture type sera la suivante : au débit, 10 000 € en compte 6 (charges de travaux, entretien, sous-traitance, etc.) et 2 000 € en 44566 TVA déductible sur autres biens et services ; au crédit, 11 400 € en 401 Fournisseurs et 600 € en 4017 Fournisseurs – Retenues de garantie. Lors du règlement initial, vous solderez le compte 401 par le débit du compte 512 Banque. La dette enregistrée en 4017 ne sera réglée qu’à l’issue de la période d’un an, sous réserve de l’absence de litige.

Provisionnement du passif circulant selon les normes IFRS et françaises

En référentiel français, l’enregistrement de la retenue de garantie en compte 4017 suffit généralement à traduire l’obligation de paiement différé. Ce compte fait partie du passif circulant, au même titre que les autres dettes fournisseurs, et est pris en compte pour le calcul du fonds de roulement et du besoin en fonds de roulement. La norme ne prévoit pas, en principe, de provision spécifique pour ce type d’engagement, sauf si un litige sérieux conduit l’entreprise à estimer qu’elle ne paiera probablement pas tout ou partie de la retenue. Dans ce cas, on ne provisionne pas la dette, mais on traite le différend dans le cadre d’un risque ou d’un litige (provisions pour risques et charges – compte 151).

En normes IFRS, la logique est proche : la retenue de garantie constitue un passif financier à court terme, évalué au coût amorti, et n’appelle pas de traitement particulier tant que l’entreprise a l’intention et l’obligation de la régler à l’échéance. En revanche, si un désaccord sérieux survient avec le prestataire et que le maître d’ouvrage estime qu’il pourra légitimement retenir une partie des sommes, il devra évaluer s’il s’agit d’une révision du coût des travaux (réduction de charge) ou de la naissance d’un produit exceptionnel (si la retenue devient définitivement acquise). Dans tous les cas, une documentation contractuelle solide (PV de réception, échanges de courriers, expertises) est indispensable pour justifier la comptabilisation retenue.

Déductibilité de la TVA déductible sur immobilisations et prestations

La question de la TVA déductible sur les factures comportant une retenue de garantie se pose de manière symétrique à celle de la TVA collectée chez le prestataire. Pour le maître d’ouvrage assujetti, la TVA est déductible sur la totalité du montant facturé, y compris la retenue de 5 %, dès lors que les conditions générales de déductibilité sont réunies (facture conforme, affectation à des opérations taxées, etc.). La retenue de garantie n’affecte donc pas le montant de TVA à récupérer : vous pouvez l’imaginer comme un « simple décalage de trésorerie » sur la partie hors taxe, sans incidence sur la taxe elle-même.

Que les travaux soient comptabilisés en charges (entretien, maintenance, sous-traitance) ou en immobilisations (construction, gros œuvre, installation technique), la mécanique reste la même : vous enregistrez la TVA déductible sur le montant total HT, sans réduire la base de calcul pour tenir compte de la retenue. Sur la déclaration de TVA (formulaire CA3), la facture apparaîtra donc pour son montant réel, et non pour le montant net payé. Il est donc essentiel, pour éviter les écarts lors d’un contrôle fiscal, de ne pas confondre « retenue de garantie » et « réduction du prix ».

Opérations de levée et de déblocage de la retenue de garantie

À l’issue de la période de parfait achèvement, la retenue de garantie doit, en principe, être libérée au profit du prestataire, sauf en cas de malfaçons avérées. Cette étape de « mainlevée » marque la fin du cycle de vie de la retenue et donne lieu à des écritures de règlement ou, le cas échéant, de compensation avec des travaux de reprise. Une bonne organisation consiste à anticiper ces échéances dans un tableau de suivi, afin de relancer les maîtres d’ouvrage le moment venu et de ne pas laisser s’installer une inertie de paiement.

Conditions de mainlevée après réception définitive des travaux ou prestations

La levée de la retenue de garantie intervient, en pratique, à l’issue de l’année qui suit la réception des travaux, sous réserve que toutes les réserves aient été levées. Dans le secteur du BTP, il est recommandé à l’entreprise de formaliser sa demande de restitution par courrier recommandé, en joignant le procès-verbal de réception et, le cas échéant, les attestations de levée de réserves. Certains marchés publics exigent même l’émission d’une facture spécifique intitulée « demande de libération de retenue de garantie ». Sans cette démarche proactive, la libération peut être retardée, ce qui allonge d’autant la période d’immobilisation de trésorerie.

Du côté du maître d’ouvrage, la mainlevée suppose de vérifier que les obligations contractuelles ont été intégralement respectées : interventions correctives réalisées, absence de sinistre signalé pendant la période de parfait achèvement, conformité des ouvrages à la destination prévue. En cas d’accord, la retenue de garantie est alors réglée dans un délai de 30 jours, conformément aux usages et, pour les marchés publics, aux dispositions du Code de la commande publique. Si des désordres persistent, une partie de la retenue peut être utilisée pour financer les travaux de reprise, sous couvert d’une procédure contradictoire.

Écritures de contre-passation et transfert vers les comptes de tiers standards

Sur le plan comptable, la mainlevée de la retenue se traduit par des écritures simples mais qu’il convient de bien maîtriser pour éviter les écarts de lettrage. Chez le prestataire, le règlement de la retenue entraîne le débit du compte 512 Banque pour le montant TTC perçu et le crédit du compte 4117 Clients – Retenues de garantie, qui est ainsi soldé. Le compte 411 (part immédiatement exigible) est déjà soldé depuis le règlement initial ; le lettrage global de la créance permet de s’assurer qu’aucun reliquat n’a été oublié.

Chez le maître d’ouvrage, l’écriture symétrique consiste à débiter le compte 4017 Fournisseurs – Retenues de garantie et créditer le compte 512 Banque pour le même montant. Cette opération réduit le passif fournisseurs et traduit le fait que l’entreprise s’est acquittée de la totalité du prix convenu. Dans les systèmes informatiques modernes, un bon paramétrage des comptes auxiliaires et des échéances permet d’automatiser le suivi : la retenue de garantie apparaît comme une échéance distincte, avec une date de paiement calée à un an après la réception des travaux.

Modalités de paiement et délais légaux selon la loi LME

Les délais de paiement de la retenue de garantie doivent être appréciés à la lumière de la loi de modernisation de l’économie (LME) du 4 août 2008, qui encadre strictement les délais interentreprises. Même si la retenue a une durée propre (12 mois après réception), son règlement une fois cette échéance atteinte doit respecter les délais maximums prévus par la loi (45 jours fin de mois ou 60 jours à compter de la date de facture, sauf exceptions). En pratique, cela signifie que le maître d’ouvrage ne peut pas différer indéfiniment le paiement sous prétexte de lenteurs administratives.

Pour sécuriser vos relations commerciales, il est judicieux de prévoir dans les contrats les modalités précises de facturation et de paiement de la retenue de garantie : date d’émission de la facture de libération, délai de règlement, pénalités de retard applicables. En cas de retard injustifié, le prestataire peut réclamer des intérêts moratoires et l’indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement. Un suivi rigoureux des retenues de garantie permet donc non seulement de protéger votre trésorerie, mais aussi de faire respecter les règles de la loi LME.

Traitement comptable des litiges et activation des garanties décennales

Lorsque des malfaçons sont constatées à l’issue de la période de parfait achèvement, la retenue de garantie peut être utilisée, en tout ou partie, pour financer les travaux de reprise. Comptablement, la situation devient plus complexe : chez le maître d’ouvrage, le montant de la retenue conservée peut être imputé en diminution de la charge initiale ou enregistré comme un produit exceptionnel si la diminution de prix devient définitive. Chez le prestataire, la perte de tout ou partie de la retenue peut être traitée comme une charge exceptionnelle ou une réduction de chiffre d’affaires, selon les circonstances et la documentation contractuelle.

Si les désordres relèvent de la garantie décennale (article 1792 du Code civil), la retenue de garantie n’a plus vocation à être bloquée, car elle ne couvre que la première année. Le maître d’ouvrage devra alors actionner la police d’assurance décennale de l’entrepreneur ou sa propre assurance dommages-ouvrage. Sur le plan comptable, cela se traduira par l’enregistrement d’un sinistre, de charges de réparation ou d’indemnités reçues, mais la retenue de garantie devra en principe être libérée si le délai d’un an est écoulé. Là encore, une bonne traçabilité des échanges et des décisions est essentielle pour justifier les écritures en cas de contrôle ou de litige judiciaire.

Déclarations fiscales et impact sur la liasse fiscale annuelle

Au-delà des écritures quotidiennes, la retenue de garantie influence la présentation de la liasse fiscale et le contenu de certaines déclarations. Bien qu’elle ne modifie pas le montant du chiffre d’affaires ni celui de la TVA collectée ou déductible, elle pèse sur la structure du bilan et doit parfois être expliquée dans l’annexe. Une lecture attentive des formulaires fiscaux permet de vérifier la cohérence entre les soldes de comptes 4117/4017 et les montants figurant dans les différents tableaux.

Déclaration CA3 et cohérence entre TVA collectée et TVA déductible

Dans la déclaration de TVA CA3, les retenues de garantie n’apparaissent pas en tant que telles : seules sont prises en compte les bases HT et les montants de TVA associés aux factures émises et reçues. Pour l’entreprise prestataire, la TVA collectée est déclarée sur l’intégralité des factures, y compris la retenue de 5 %, tandis que pour le maître d’ouvrage, la TVA déductible est calculée sur le montant global des travaux. Il est donc crucial de s’assurer que les soldes des comptes 44571 et 44566 concordent avec les montants déclarés, sans tenter d’ajuster la TVA en fonction des retenues.

Une erreur fréquente consiste à ne déclarer que la TVA relative au montant effectivement encaissé ou payé (95 %), en oubliant que la retenue de garantie ne modifie pas la base imposable. Une telle pratique exposerait l’entreprise à un redressement fiscal, voire à des pénalités. Votre objectif doit être de traiter la retenue comme un décalage de trésorerie et non comme une réduction de prix. Un rapprochement régulier entre la balance des comptes de TVA et les déclarations CA3 vous permettra de détecter rapidement les éventuelles anomalies.

Tableaux 2050 à 2053 de la liasse fiscale pour les BIC

Dans la liasse fiscale BIC, les retenues de garantie impactent principalement les tableaux relatifs au bilan (2050 à 2053). Les soldes des comptes 411 et 4117 sont agrégés dans la rubrique « Clients et comptes rattachés », tandis que les comptes 401 et 4017 figurent dans les « Fournisseurs et comptes rattachés ». Pour une analyse fine, certaines entreprises choisissent de préciser dans l’annexe le montant des retenues de garantie inclus dans ces totaux, notamment lorsque celles-ci représentent une part significative des créances ou des dettes.

Sur le plan des ratios financiers, les retenues de garantie peuvent affecter la perception de la liquidité de l’entreprise. En effet, les créances 4117 sont comptabilisées parmi les actifs circulants, alors même qu’elles ne seront pas encaissées à court terme au sens strict. De même, les dettes 4017 figurent parmi les dettes d’exploitation, mais n’auront pas d’impact immédiat sur la trésorerie. Lors de la préparation de la liasse, il peut être utile de produire des tableaux de passage internes qui retraitent ces montants pour mieux apprécier le besoin en fonds de roulement « économique ».

Annexe comptable et mentions obligatoires selon l’article L123-12 du code de commerce

L’article L123-12 du Code de commerce impose aux entreprises l’obligation de fournir une information « sincère, fidèle et donnant une image fidèle » de leur situation patrimoniale et de leur résultat. Dans ce cadre, l’annexe comptable joue un rôle clé pour expliciter les particularités significatives, dont les retenues de garantie peuvent faire partie, surtout dans les secteurs où elles sont massivement utilisées (BTP, ingénierie, services industriels). Mentionner les modalités de comptabilisation, le montant global des retenues en cours et les principales règles contractuelles contribue à la transparence de l’information financière.

Si votre entreprise gère un volume important de chantiers ou de contrats avec retenue, il est pertinent d’indiquer dans l’annexe les méthodes retenues pour le suivi des comptes 4117 et 4017, ainsi que les principales hypothèses concernant la récupération des montants (délai moyen de libération, risques identifiés de non-recouvrement, etc.). En cas de litiges importants, ceux-ci devront également être mentionnés parmi les engagements et risques significatifs. Vous renforcez ainsi la crédibilité de vos comptes vis-à-vis des commissaires aux comptes, des établissements bancaires et des partenaires financiers.

Cas particuliers et traitement des situations complexes de retenue

Si la plupart des retenues de garantie suivent un schéma classique, certaines situations particulières compliquent la comptabilisation : marchés publics soumis à un cadre réglementaire spécifique, chaînes de sous-traitance, cessions de créances type Dailly, risques de non-recouvrement… Une bonne compréhension de ces cas permet d’éviter les erreurs et de sécuriser vos états financiers, même dans un environnement contractuel complexe.

Retenue de garantie sur marchés publics et application du CCAG travaux

Dans les marchés publics de travaux, la retenue de garantie est encadrée par le Code de la commande publique et par le CCAG Travaux. Elle est souvent fixée à 5 % du montant du marché, mais peut être réduite à 3 % pour les PME dans certains cas. Particularité importante : la retenue s’applique à chaque acompte et solde versé, ce qui signifie que chaque situation de travaux doit intégrer une ligne de retenue. Sur le plan comptable, les mécanismes restent identiques (4117/4017), mais la volumétrie des écritures est plus importante du fait de la multiplication des décomptes.

Le CCAG Travaux prévoit également la possibilité de remplacer la retenue de garantie par une garantie à première demande ou une caution personnelle et solidaire. Dans ce cas, le maître d’ouvrage ne pratique pas la retenue sur les paiements, et le prestataire comptabilise les commissions de caution en charges externes. Il est donc essentiel, pour les entreprises intervenant régulièrement en marchés publics, de bien lire les clauses financières des pièces contractuelles (acte d’engagement, CCAP, CCAG) afin de paramétrer correctement leur comptabilité et leurs logiciels de facturation.

Sous-traitance en cascade et nantissement dailly de créances professionnelles

Dans les opérations de sous-traitance, la retenue de garantie peut s’appliquer à plusieurs niveaux de la chaîne : du maître d’ouvrage au titulaire principal, puis du titulaire au sous-traitant. Chaque relation contractuelle donne alors lieu à sa propre retenue, avec ses comptes 4117 et 4017 correspondants. Cette « cascade » complique le suivi, car une retenue subie à un niveau peut, ou non, être répercutée au niveau inférieur. Pour éviter les tensions de trésorerie et les incompréhensions, il est crucial de clarifier dans chaque contrat de sous-traitance les modalités de retenue et de libération.

Autre complexité fréquente : le nantissement de créances professionnelles (loi Dailly) ou l’affacturage. Lorsqu’une entreprise cède ses créances à un factor ou à une banque, la part correspondant à la retenue de garantie peut être exclue de la cession ou prise en compte de manière spécifique. Comptablement, les sommes ainsi isolées peuvent transiter par le compte 467 "Autres comptes débiteurs ou créditeurs" ou être classées en 275 Dépôts et cautionnements versés si la durée est pluriannuelle. Le factor peut, de son côté, pratiquer sa propre retenue de garantie (fonds de garantie d’affacturage), qui obéit à une logique encore différente et doit être comptabilisée comme une créance financière auprès du factor.

Provisions pour dépréciation des comptes clients douteux ou litigieux

Comme toute créance, une retenue de garantie peut devenir douteuse ou litigieuse si le maître d’ouvrage conteste sa libération. Dans ce cas, le prestataire doit reclasser la créance concernée en compte 416 Clients douteux ou litigieux et éventuellement constater une provision pour dépréciation au compte 491. Le montant de la provision sera déterminé en fonction de l’issue probable du litige : probabilité de recouvrement partiel, décision de justice attendue, expertise en cours, etc. Cette démarche permet de ne pas surévaluer l’actif circulant et de refléter une image prudente de la situation financière.

Chez le maître d’ouvrage, un litige sur la retenue de garantie peut conduire à une analyse inverse : si l’entreprise estime qu’elle ne paiera probablement pas la totalité de la retenue, elle devra apprécier si cela se traduit par une réduction de charge (correction d’une erreur d’estimation initiale) ou par l’enregistrement d’un produit. En cas de procédure judiciaire, des provisions pour risques et charges (compte 151) pourront également être nécessaires pour couvrir les condamnations potentielles, les frais d’avocat ou les travaux de reprise à engager. Dans tous les cas, la documentation du dossier et le dialogue avec l’expert-comptable ou le commissaire aux comptes sont indispensables.

Impact sur le BFR et ratios de liquidité dans l’analyse financière

Sur le plan de l’analyse financière, la retenue de garantie a un impact significatif sur le besoin en fonds de roulement (BFR) et les ratios de liquidité. Du côté des prestataires, les créances 4117 allongent mécaniquement le délai moyen de paiement des clients : vous avez réalisé le travail, facturé, déclaré la TVA, mais vous ne percevrez qu’une partie du prix pendant un an. Si vous multipliez les chantiers soumis à retenue, votre BFR se tend, et vos besoins de financement à court terme augmentent. Il est donc essentiel d’intégrer cet élément dans vos prévisions de trésorerie et vos négociations bancaires.

Pour les maîtres d’ouvrage, la retenue de garantie joue l’effet inverse : en différant le paiement de 5 % du prix, elle améliore temporairement la trésorerie et les ratios de liquidité. Mais cet « avantage » est purement transitoire, puisque la dette 4017 reste due et viendra tôt ou tard être décaissée. Dans une optique de gestion prudente, il est donc recommandé de ne pas considérer la retenue comme un gain définitif, mais comme un simple levier de sécurisation des travaux. En analysant vos bilans, pensez à retraiter les montants importants de retenues de garantie pour apprécier votre situation de liquidité réelle et éviter les mauvaises surprises au moment des échéances de libération.